Introduction à la méditation

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Les origines de la méditation

La méditation que nous connaissons en Occident prend sa source dans le bouddhisme. Pour autant, la méditation a existé sous différentes formes dans d’autres cultures (par exemple dans les trois grandes religions).  Cependant la forme de méditation redécouverte en Occident est d’origine bouddhiste. Et c’est ainsi que de nombreuses personnes retrouvent certains aspects contemplatifs de leur propre culture, tombé dans l’oubli. L’ancrage bouddhique de la méditation n’empêche aucunement une pratique laïque sans qu’il soit fait référence à son origine.


Définition

La méditation ne fait pas référence à un exercice intellectuel ou philosophique comme pourrait le faire penser le célèbre ouvrage de Descartes, Méditations.  La méditation est un exercice d’attention au moment présent, sans l’attente d’un quelconque résultat.

L’origine étymologique latine du mot méditation, meditari, dérivé de mederi, signifie prendre soin. La méditation, telle qu’elle est enseignée dans la tradition bouddhique, consiste à prendre soin. Ceci est possible en exerçant son attention.

La méditation renvoie donc également à une manière d’être. Méditer nous met sur la voie d’une manière d’être plus juste dans le monde.

Les raison du succès de la méditation en Occident

La médecine classique occidentale a depuis son origine développé une approche fragmentaire et parcellaire du corps humain, considérant la santé comme l’absence de maladie. Nous comprenons aujourd’hui que la santé relève d’une approche globale de l’individu, appréhendé dans ses relations avec l’environnement, sa dimension corporelle, émotionnelle et spirituelle. La méditation est une hygiène de l’esprit en réponse à un mode de vie stressant, encombré par l’information en tout genre.

A une époque de saturation de l’information, notre attention est de plus en plus diluée dans les annonces quotidiennes. Ceci a pour conséquence une recrudescence du stress, des dépressions, de l’hyperactivité, des états d’angoisses chroniques. Méditer consiste à retrouver la présence de l’esprit par un travail de l’attention.

La méditation constitue en cela une alternative naturelle à la consommation accrue d’antidépresseurs, anxiolytiques et produits anti-stress.

Trouver sa place dans le monde.

L’Occident est secoué par une crise majeure que les grands philosophes Nietzche (1844-1900), Bergson (1859-1941) et Husserl (1859-1938) ont analysée. La tendance générale à l’abstraction scientifique tend à enfermer la vie dans des cases.

D’après Nietzche, cette abstraction recouvre une peur fondamentale de la vie, dont l’essence se dérobe à toute tentative de catégorisation, d’instrumentalisation.  Ainsi plutôt que de nous engager dans la singularité de nos vies, nous avons tendance à l’instrumentaliser, à vouloir la diriger comme une entreprise.  Or d’après Nietzche, vivre c’est vivre avec intensité, en cherchant à aller au delà de l’acquis. Ce qu’il nomme volonté de puissance est l’affirmation de la puissance de la vie dans toute sa singularité.

Cette conception nietzschéenne est à rapprocher de l’analyse de Bergson, considérant la vie comme une force en marche, un élan vital en déploiement. Loin des conceptions scientifiques, la vie est une forme de dépassement : «création continue d’imprévisible nouveauté» (Bergson, 2003).

Husserl prend part à cette critique de l’abstraction scientifique, vu comme une crise de la rationalité.

La méditation est une réponse à cette crise en Occident. Elle offre la possibilité d’une vie plus riche, dépassant la peur d’exister. Méditer nous met en contact avec l’essence des choses. La méditation nous met en relation avec ce que Bergson appelle la «vie intérieure».

La possibilité d’une sortie du nihilisme

Cette situation dramatique de l’Occident s’apparente au «nihilisme». L’homme occidental devenu maître et possesseur de la nature se retrouve dans l’incapacité de retrouver un rapport au monde. La nature est devenue pour lui un terrain de domination. Tous les êtres vivants sur terre sont appréhendés comme des entités mesurables et calculables en vue d’une exploitation marchande.

La méditation nous apprend à sortir de la volonté de tout contrôler afin de retrouver un rapport vivant au présent. La méditation nous apprend à être.

Au delà du savoir

Les grands passeurs de la méditation en Occident, Taisen Deshimaru (1914-1982), Shunryu Suzuki (1904-1971) ou Chogyam Trumpa (1939-1987), mettent en évidence l’importance de la pratique pour rentrer dans un rapport plus essentiel avec le monde. Cet enseignement a  fait entrevoir en Occident un autre rapport à la vérité, au delà de l’apprentissage par l’acquisition de connaissances livresques. Le maitre Shunryu Suzuki mettait souvent ses étudiants en vigilance contre la connaissance intellectuelle, pour les inviter à pratiquer la méditation afin d’accéder à ce que Taisen Deshimaru appelait la « pensée du corps».

Retour à l’expérience

Walter Benjamin explique dans l’un de ses textes qu’au cours du XX ième siècle l’expérience communicable a diminué. Suite aux horreurs commises lors de la guerre de 1914-1918, les hommes sont rentrés muets des champs de bataille, incapables de communiquer ce qu’ils avaient vécu. La méditation répond à cet amoindrissement de l’expérience dont parle Walter Benjamin. Elle est une invitation à un ancrage dans le présent, «l’ici et maintenant».

La méditation nous invite à habiter pleinement le monde et permet de faire barrage à la déshumanisation à l’œuvre dans nos sociétés. 

Quelques bénéfices de la méditation :

  1. La méditation nous aide à être présent.
  2. Elle nous libère de nos schémas habituels.  Nous apprenons qu’il est possible de changer par l’entraînement de l’esprit et du cœur.
  3. Elle nous fait retrouver notre part d’humanité. En méditant, nous faisant l’expérience de la racine de l’être.
  4. Une voie vers la liberté.  En nous aidant à développer notre sens du discernant, la méditation nous aide à nous positionner dans le monde. Elle nous apprend à savoir dire non quand il le faut.
  5. La bonté fondamentale. En méditant nous faisons l’expérience de la bonté du cœur humain. La méditation nous fait prendre conscience que nous sommes des êtres sensibles reliés au monde et à chacun d’entre nous.
  6. Ne plus avoir peur. Nous avons tendance à fuir les expériences inconfortables. Le sentiment d’insécurité, la peur de ne pas être à la hauteur nous fait prendre la fuite sans que nous nous en apercevions. Nous nous réfugions dans des distractions visant à nous faire échapper à la réalité. La méditation nous apprend à nous confronter au monde afin d’en être plus libre.
  7. Le sens de la paix.  La méditation nous apprend à réussir à trouver la paix dans le grand tumulte de la vie.
  8. L’ouverture. La méditation conduit à faire la rencontre de l’esprit à son état d’origine, avant ses  déformations, ses embrigadements. Nous découvrons l’ouverture, la plénitude de l’esprit.
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La méditation est une voie menant à une forme de tranquillité de l’esprit.

Pratique de la méditation

Il existe de multiples façons de pratiquer la méditation, provenant des différentes lignées et écoles. Ainsi l’idéal pour chacun est de trouver l’approche qui lui convient le mieux. Voici toutefois quelques éléments de base permettant d’appréhender la pratique :

  • La posture. La méditation consiste d’abord à se poser. Selon les écoles la posture peut être plus ou moins stricte. La tradition zen a une approche plus stricte de la posture que la tradition tibétaine. Toutefois les différentes écoles s’accordent sur le fait de se tenir le dos droit, en évitant toute forme de tension, assis sur un coussin.
  • La respiration. Le méditant porte attention au cours naturel de la respiration afin d’être pleinement présent.
  • L’esprit. Le méditant apprend au cours de la pratique à dépasser les tourments de l’esprit afin d’atteindre un état naturel et paisible de l’esprit.
  • Développer l’attention. La méditation vise à exercer son attention sur le moment présent.
  • La méditation en marchant. Appelé Kin-Hin dans la tradition Zen, de nombreuses écoles ont développé une forme de méditation en marchant. Le méditant porte son attention alors sur la marche.
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La pratique de Kinhin, ou méditation en marchant, se fait entre les périodes de zazen.

Les grandes formes de méditations

La méditation provient de sources variées : l’école de la forêt issue du bouddhisme theravada, le zen qui est la branche japonaise du bouddhisme, ou encore les écoles bouddhistes du Tibet. La méditation n’est donc pas un monde homogène.  Chaque approche de la méditation comporte des singularités. Toutefois elles partagent toute un point commun : la méditation est présentée comme l’union de l’attention et de la vigilance discriminante qui s’appellent Shamatha et Vipashyana en sanscrit. Fabrice Midal désigne ce mouvement par les expressions « se poser » et « voir ».

Ces deux mouvements essentiels de la méditation sont encore mal connus en Occident. C’est pourtant un point fondamental qu’il nous faut explorer afin de comprendre le sens de la pratique.

Shamatha – Vipashyana : l’union de l’attention et de la vigilance discriminante (Midal, 2014).

Shamatha consiste à exercer notre attention sur un point précis. Shamatha est le mouvement par lequel l’esprit  se pose, atteint une forme de quiétude. Ce mouvement permet de dépasser le tumulte des pensées et les orages émotionnels afin de découvrir un état de paix et de tranquillité pouvant être très profond.

Le Vipashyana comporte de nombreuses conceptions. Vipashyana est la « vision claire de l’esprit ou le discernement permettant de voir les choses telles qu’elles sont ».

Vipashyana ne désigne pas un effort intellectuel mais plutôt une observation fine des phénomènes.

Les façons de pratiquer Vipashyana sont nombreuses suivant les écoles. L’harmonisation de ces deux mouvements dans la pratique est un travail important dans la voie de chaque méditant.

L’école de la forêt, issue du bouddhisme theravada.

Cette approche de la méditation, pratiquée dans le theravada a été développée par des moines ascètes vivant dans la forêt. Dans cette forme de la méditation, les moines sont invités à effectuer un grand travail sur l’attention, associé à une observation fine des évènements mentaux de façon à retrouver la source de l’esprit. La méditation consiste alors à se libérer peu à peu des tourments psychiques et émotionnels pour accéder à un espace de tranquillité de l’esprit.

Vipassana

Vipassana est la pratique de la méditation bouddhique par excellence, rendue populaire dans le monde par Goenka.

Cette pratique est transmise dans le cadre de stages d’une durée de 10 jours dans lesquels les pratiquants sont invités à observer un ensemble de règles strictes.

La pratique présentée par Goenka nous invite à observer l’ensemble des émotions et pensées qui nous traversent sans jamais chercher à les contrôler. Méditer ainsi n’est pas une fuite de la douleur ou une quête de sensation agréables.

Le Tchan et le Zen

L’un des événements majeurs de l’histoire du bouddhisme est son implantation en Chine. Suite à cela, 4 grandes écoles sont apparues : le huayan, le tientai, le jingtu et le tchan. C’est dans le Tchan que la méditation a été la plus approfondie. 

Le mahamudra et le dzochen

Alors que dans le Zen, la pratique de la méditation ainsi que le cérémonial sont axés autour de la pratique de zazen, la tradition tibétaine accorde moins d’importance à la pratique de l’assise.

Les pratiques tibétaines de mahamudra et dzochen visent à laisser être ce qui est. Méditer consiste à échapper à toute volonté de contrôle. Le méditant dans cette perspective ne cherche aucun résultat dans sa pratique.  La respiration est libre ainsi que le corps, ce qui facilite une évaporation progressive de la confusion.

Les méditations symboliques

Le bouddhisme comporte également dans ses pratiques des récitations continues d’un ensemble de mots ou d’un même mot (mantra). Ces pratiques sont présentes dans le tantra ainsi que dans certaines écoles du theravada.

Pratique de l’amour bienveillant

Pour les Occidentaux la méditation se résume souvent à la pratique de la présence et du recueillement. Cependant, de nombreuses écoles ont également conçu une pratique visant à faire grandir la bienveillance et la compassion.

La pratique de l’amour bienveillant part du postulat que la méditation ne peut se déployer en l’absence d’une forme de bonté pure. L’esprit pacifié accède à la bonté fondamentale, à une forme d’amour. L’esprit se clarifie et entre dans la paix en s’appuyant sur l’amour. C’est ainsi que la pratique de Shamatha-Vipashana est inséparable de la pratique de l’amour bienveillant.

Les pratiques de l’amour bienveillant ancrent l’esprit des pratiquants dans le moment présent. Elles sont une ouverture à ce qui est, une façon de dire « oui » à l’humanité que chacun porte en son cœur. Elles nous libèrent ainsi du sentiment d’isolement et d’abandon pour nous placer dans une grande et joyeuse ouverture. Elles sont donc fondamentales dans le parcours de tout méditant dans l’intégration des leçons de la pleine présence.

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L’amour bienveillant est un chemin pour retrouver notre humanité

Références:

  • La Méditation de Fabrice Midal aux éditions Que sais-je?
  • Esprit zen, esprit neuf de Shunryu Suzuki aux éditions Points
  • Le Chemin est le but de Chögyam Trumpa aux Editions Le Seuil

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