Le Qi dans la médecine chinoise

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 A la fin des années 1920, la communauté scientifique connaît un bouleversement majeur : l’apparition de la physique quantique. Notre vision de la réalité est alors modifiée en profondeur. Depuis l’Antiquité, nous nous représentions la matière comme un assemblage de briques fondamentales aux lois physique immuables. En s’intéressant aux comportement des atomes et particules, les physiciens s’aperçurent que le monde subatomique était constitué de vide, d’énergie, de vibration. Aucune trace de matière immuable au cœur des particules, mais des « paquets d’énergie » mouvants, imprévisibles.

Le vide dans lequel ces « quantas » évoluent n’est pas vraiment vide. Il s’agit d’un réservoir de données, un « monde de potentialités » dans lequel l’énergie par ses multiples transformations donne l’illusion de la matière solide. C’est un fait aujourd’hui convenu dans la communauté scientifique : notre corps est composé à 99,99% de vide. Ce vide est la dimension dans laquelle se développe l’énergie.

La science occidentale a mis plusieurs millénaires pour faire cette découverte, alors que l’énergie a été au cœur de la médecine chinoise depuis son origine. Dans la tradition chinoise, le monde est régie par une force invisible : le Qi(氣). Cette force se manifeste de différentes manières tout en restant la même. Il est impossible de comprendre la médecine chinoise sans commencer par essayer de cerner le Qi.

Le Qi : une conception de l’énergie différente de l’occident

Lorsqu’on parle d’énergie en Occident, nous faisons référence à l’énergie électrique, servant à éclairer les rues, les habitations ou faire avancer les voitures. Ou bien nous pensons à l’énergie des physiciens, cette grandeur exprimée en joules permettant d’exprimer l’intensité d’un phénomène. Ou bien nous pensons à cette énergie vitale nous permettant de supporter l’effort et dépasser la fatigue.

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En Chine il faut tout d’abord envisager l’être humain comme partie intégrante du cosmos. L’homme est une entité reliée au monde. Par conséquent, l’énergie en Chine, ou Qi, est une notion plus englobante. Elle est présente partout dans l’univers. Tout ce qui appartient à la création se définit par la nature de son Qi. Ainsi les planètes, les aliments, les végétaux ainsi que les pierres ont leur propre Qi. De même que notre corps possède son Qi.

Qu’est ce que le Qi ? 

Le Qi est fondamental dans la pensée chinoise. Bien que le terme « énergie » soit restrictif et peu explicite, c’est celui qui est le plus proche de la réalité et que nous utiliserons pour parler du Qi. Selon Ted Kaptchuk, « Le Qi n’est pas une matière primordiale immuable. C’est une notion évanescente, difficile à cerner pour nos organes sensoriels comme pour nos instruments de mesure». Il ajoute que « La pensée chinoise ne fait pas de différence entre la matière et l’énergie. Mais nous pourrions nous imaginer le Qi comme de la matière sur le point de devenir de l’énergie, ou de l’énergie sur le point de se matérialiser.»

Au sens large, le Qi s’apparente à un élément fondamental dans la constitution de l’univers, à l’origine de l’ensemble des énergies et substances présentes dans la nature. Il est capable de produire chaque chose de part ses mouvements et transformations.

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Le caractère chinois «Qi» exprime littéralement l’idée du riz qui explose.

Les trois sources du Qi

Le Qi ne s’apparente donc en rien à de la matière. Il s’agit plus d’un mouvement, d’un flux, d’une onde. A l’image d’une rivière qui s’alimente à une source, le Qi a besoin de se renouveler pour pouvoir circuler dans l’organisme nourrir nos organes, nos tissus et préserver notre santé. Ce Qi Global ou « Zheng Qi » se nourrit à trois sources différentes.

Le Qi originel (Yuan Qi)

Il s’agit du Qi, hérité de nos parents au moment de la conception, appelé également « Qi ancestral». C’est le Qi originel qui est à l’origine de notre constitution physique ainsi que notre caractère. Ce Qi essentiel se situe dans les reins. Il correspond dans notre conception occidentale à l’hérédité. Constitué de l’énergie venant en partie du père et en partie de la mère, ce Qi est assez lourd, lent, et circule dans les méridiens les plus profonds.

Le Qi acquis (Zong Di)

Ce Qi est produit à partir de l’air que nous respirons (Kong Qi) et de la nourriture que nous ingérons. (Gu Qi). Les aliments sont converti en Qi sous l’action de la Rate et l’air sous l’action des poumons. L’énergie ainsi produite recharge notre organisme au quotidien. La qualité de cette énergie est étroitement liée à la qualité de notre alimentation et respiration. Elle circule dans l’ensemble des méridiens et nourrit nos organes.

Le Qi défensif (Wei Qi)

Cette énergie, plus légère et fluide, nous protège contre les agressions extérieures. Bien que ce système ne corresponde pas à la réalité biologique de notre système immunitaire, nous pouvons faire un parallèle entre les deux. Cette énergie circule rapidement et nourrit tous nos tissus.

Ces trois premières sources d’énergie permettent à notre Qi de se renouveler constamment de façon à mener à bien toutes ses fonctions.

L’énergie Jing

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Il s’agit de l’énergie sexuelle. Certains thérapeute font un parallèle entre le Jing et la testostérone, hormone masculine par excellence (bien que les femmes en produisent de petites quantités) indispensable à la sexualité et à la fécondité. C’est grâce à l’énergie Jing que nous nous reproduisons. Elle est transmise des parents aux enfants.

L’énergie Jing permet également de nourrir le cerveau, les glandes endocrines et la moelle épinière. C’est son affaiblissement naturel au fil des années qui cause notre vieillissement.

Tous ces flux énergétiques se croisent et s’influencent mutuellement. Afin que le Qi reste puissant et harmonieux, il faut que chacun remplisse son rôle. Lorsqu’un flux énergétique est perturbé, les autres en pâtissent. Si l’on rétablie l’équilibre, on intervient sur les autres. Au niveau énergétique, rien n’est cloisonné. Tout circule, et communique en permanence.

Yin et Yang : l’union des contraires

 Alors que la médecine occidentale considère les différentes parties du corps de façon autonomes et séparées, la médecine chinoise prend toujours tout le corps en considération. Ce sont les interactions entre les différentes parties du corps qui font l’objet de son attention. Cette approche globale se retrouve dans la notion du Yin et du Yang. Il s’agit des deux éléments complémentaires de l’énergie. Chacun possède un grain de l’autre. C’est ce qu’illustre le symbole en montrant le point noir dans la surface blanche et le point blanc dans la surface noir. Ceci signifie que le Yin et le Yang ne peuvent exister l’un sans l’autre. Ils sont une union des contraires en perpétuelle évolution et interaction.

Le Yin et le Yang se caractérisent par leurs multiples correspondances. Prenons par exemple le couple jour-nuit. Le jour représente le Yang de part sa chaleur, sa lumière et sa sécheresse. Tandis que la nuit, de part sa froideur, son obscurité et son humidité illustre l’élément Yin. L’énergie, dans la médecine chinoise n’existe pas sans ses deux éléments Yin et Yang.

Le Yin et le Yang n’ont pas d’existence matérielle concrète. Cependant ils offrent une vision évolutive de l’énergie. Lorsque le Yang baisse, le Yin prend alors d’avantage de place. Cette vision dynamique nous montre bien que l’énergie, loin d’être une matière stable et immuable, est d’avantage un flux mouvant en constante interaction. La visée de la médecine chinoise est de mettre à jour les déséquilibres énergétiques afin de rétablir l’harmonie. La santé s’obtient ou se préserve alors par un équilibre entre le Yin et le Yang.

Le thérapeute va ainsi dans sa pratique traquer les excès de Yin ou Yang. Son travail va ensuite consistait à rétablir cet équilibre Yin-Yang afin de faire partir les symptômes et la maladie, manifestation apparente de cet dysharmonie énergétique.

Quelle est la fonction du Qi?

Le Qi est donc l’énergie qui nous traverse et nous meut, réunion de trois « rivières » qui lui permette de se régénérer. Le Qi possède des éléments opposés et complémentaires, en constante interaction. A quoi sert le Qi ? Comment fonctionne-t-il ?

Le Qi est ce qui meut les êtres. Il est aux racines du mouvement. Il ne correspond pas uniquement au fait de marcher, sauter, jongler, nager… Au delà du visible, le Qi est à l’origine des mouvements inconscients : le fonctionnement des poumons, les battements de cœur, phénomènes mentaux ainsi que les émotions. Le renouvellement des cellules ainsi que le vieillissement font aussi parti du mouvement. Ainsi les chinois disent que le Qi est « indissociable du mouvement».

Le Qi a également pour fonction de protéger le corps des agressions extérieures. Ici les chinois entendent moins les bactéries et microbes que les énergies négatives atteignant l’organisme. Il s’agit du Vent, du froid, de la chaleur, de l’humidité et de la sécheresse.

Ces cinq facteurs externes en plus de menacer l’organisme, peuvent contribuer à perturber tout l’équilibre énergétique.

Comme nous l’avons vu précédemment, l’air que nous respirons ainsi que les aliments que nous ingérons permettent au Qi de se renouveler. Pour que ce renouvellement s’opère ces substances doivent être transformées en substance énergétique. C’est le Qi qui est à l’origine de la transmutation énergétique. Il participe et veille à la transformation de l’énergie dans l’organisme. Pour finir, le Qi participe également à la régulation de la température du corps, veillant à ce que celui-ci ne se refroidisse pas ou ne dessèche pas de trop.

La particularité de l’énergie du sang

Dans la médecine chinoise, la sang (xue) est en même temps un liquide et une énergie circulant dans la méridiens. Il concerne tous les organes mais possède une relation privilégiée avec trois d’entre eux : le cœur, le foie et la rate. C’est l’énergie du cœur qui est à l’origine de la circulation harmonieuse du sang-liquide. Selon les chinois, « le cœur dirige le sang». Le fois stock le sang et enfin la rate « gouverne le sang» permettant ainsi de le garder dans le système circulatoire des méridiens.

Le sang est issu de la nourriture. A la suite du travail de la digestion, l’énergie extraite des aliments est envoyée vers le haut du corps. Au cours de ce processus le qi nutritif entame le travail de transmutation. Une fois arrivée dans les poumons, l’énergie se mêle aux éléments de l’air pour produire le sang. C’est ensuite le cœur qui prend le relais afin d’assurer la circulation du sang dans l’organisme.

Les méridiens : véhicules de l’énergie

Pour ses déplacements dans le corps, l’énergie emprunte plusieurs voies différentes. La voie privilégiée : il s’agit des méridiens. Les méridiens sont désignés par plusieurs termes en chinois : Jing, Mai et Mo. Bien que les médecins chinois attestent l’existence de ces méridiens, il n’existe pas de canaux matériels dans lesquels ces flux pourraient se déplacer. La réalité reste pour nous occidentaux impalpable. Les 14 méridiens parcourant notre organisme sont parsemés de plusieurs points précis. Il existe environs 370 points à la surface du corps, dont 150 sont couramment utilisés par les praticiens. Lorsqu’on stimule ces points avec une aiguille d’acuponcture ou bien qu’on les masse, on agit sur l’énergie qui y circule. Selon sa manière d’opérer, on peut alors l’accélérer, la ralentir, la débloquer la réchauffer ou bien la faire changer de direction. Les points d’acuponctures sont présents sur tout le corps et chacun agit de manière spécifique selon le méridien auquel il appartient. L’art d’un acuponcteur est alors de mettre à jour les déséquilibres énergétiques, cerner l’énergie concernée, et identifier les points d’acuponcture essentiel afin d’intervenir.

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Les déséquilibres sont symptomatiques

Les déséquilibres énergétiques sont le symptôme d’excès ou de manque de Qi dans certains méridiens. Un déficit de Qi dans un méridien provoque un excès dans un autre méridien ou un autre organe par un effet de vase communiquant. Excès et manques sont étroitement liés dans une relation interactive et dynamique.

Conclusion

Le Qi dans l’énergie chinoise est indissociable de la conception de l’homme dans la pensée chinoise. L’être humain est ici envisagé comme partie intégrante du cosmos. Il évolue dans une constante relation et interaction avec la nature. Le Qi dans le domaine médical circule dans notre organisme, nourrit les organes et assure leur bon fonctionnement. Pour une santé optimale, le Qi doit circuler librement et de façon harmonieuse. Si le Qi est bloqué dans certaines parties du corps, alors il s’y accumule et vient à manquer dans une autre. L’art de la médecine chinoise en général et de l’acupuncture en particulier, consiste alors à identifier les blocages dans des zones du corps ainsi que leur origine afin ensuite de rétablir une circulation énergétique fluide et équilibrée. Toutes les maladies relèvent dans la médecine chinoise de cette conception de l’être humain.

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